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Guide · Argiles & RGA

Détecter les argiles gonflantes par satellite : mythe ou réalité ?

Des satellites radar passent au-dessus de la France tous les six jours et mesurent les mouvements du sol au millimètre. Le service européen qui publie ces données est gratuit, ouvert à tous, et pourtant à peu près inconnu des géotechniciens : ces mesures ne figurent presque jamais dans un rapport d'étude de sol ni dans une expertise de sinistre. Alors, peut-on y lire le retrait-gonflement des argiles, ce mouvement lent du sol qui fissure les maisons à chaque sécheresse ? Nous l'avons fait sur un dossier. La réponse est oui pour l'indice, non pour la preuve : à condition de savoir ce que l'on regarde, de croiser avec le reste du dossier, et de connaître les limites, qui sont sérieuses.

Mise à jour : octobre 2026 · Lecture : 10 minutes

L'explorateur EGMS à l'échelle de la France : des millions de points de mesure, presque tous verts, c'est-à-dire stables à quelques millimètres par an près.
Fig. 1 : l'explorateur EGMS à l'échelle de la France, produit calibré, vitesses de −20 à +20 mm par an. Presque tout est vert : la France est stable à quelques millimètres par an près, et c'est à cette échelle que les couleurs chaudes et froides, rares, signalent un secteur qui mérite un regard. Aucune signature d'argile n'est lisible ici : il faut descendre au quartier et ouvrir les séries temporelles. Capture d'écran de l'explorateur EGMS : service Copernicus de surveillance des terres, Union européenne et Agence européenne pour l'environnement ; contient des données Copernicus Sentinel modifiées ; fonds de carte selon les sources citées par le portail (NASA Blue Marble, OpenStreetMap).

1. Ce que le satellite mesure vraiment

La technique s'appelle l'interférométrie radar, InSAR pour les initiés. Un satellite émet une onde radar vers le sol et enregistre l'écho. Entre deux passages sur la même orbite, si la surface s'est rapprochée ou éloignée du satellite, la phase de l'onde a changé. Comme la longueur d'onde est connue, environ 5,6 cm pour les satellites Sentinel-1 de l'Union européenne, une fraction de cette longueur d'onde se traduit en déplacement : on descend ainsi au millimètre, depuis 700 km d'altitude.

Trois précisions changent tout pour la suite :

En Europe, ces calculs sont faits à grande échelle par le service européen de surveillance des mouvements du sol, l'EGMS du programme Copernicus. Il repose sur les satellites Sentinel-1, dont les passages reviennent tous les 12 jours par satellite, soit tous les 6 jours quand deux satellites volent ensemble. Après la panne de Sentinel-1B fin 2021, la paire a été reconstituée en 2025 avec Sentinel-1C, puis Sentinel-1D. L'EGMS publie chaque année un nouveau millésime couvrant les cinq dernières années ; au moment où nous écrivons, les deux millésimes disponibles couvrent 2019 à 2023 et 2020 à 2024. Les données sont gratuites, après création d'un compte européen.

Trois produits existent. Le produit de base donne les points bruts le long de la ligne de visée, orbite par orbite. Le produit calibré les recale sur le réseau de stations GNSS. Le produit « Ortho » combine les orbites et projette les composantes verticale et est-ouest sur une grille de 100 mètres. C'est ce dernier que nous utilisons pour le bâti.

2. Pourquoi les argiles gonflantes ont une signature reconnaissable

Le retrait-gonflement des argiles est un mouvement lent et cyclique. L'argile se gorge d'eau à l'automne et en hiver et gonfle ; elle se dessèche en été et se rétracte. Une maison sur fondations superficielles suit ce mouvement, et c'est quand il devient inégal d'un angle à l'autre que les fissures apparaissent. Sur une série de mesures satellite, cela donne une oscillation annuelle : le bâti est haut en fin d'hiver, bas en fin d'été, et le cycle se répète chaque année.

L'amplitude dépend de la plasticité de l'argile, de son épaisseur, de la végétation voisine et du climat de l'année. D'après les études publiées sur des sols très actifs, elle va de quelques millimètres à plus d'un centimètre. Sur des sols peu actifs, elle se compte en dixièmes de millimètre, et nous allons voir que cela change beaucoup la lecture.

Cette signature se distingue des autres mouvements que le satellite enregistre :

Ce qu'on observeMécanisme probable
Cycle annuel, haut en hiver, bas en fin d'étéSol qui gonfle et se rétracte avec l'eau : retrait-gonflement, ou battement d'une nappe peu profonde
Cycle annuel inverse, haut en étéDilatation thermique de la structure : un bâtiment métallique, un pont, une grande toiture se soulèvent quand il fait chaud
Descente régulière, sans cycleConsolidation d'un remblai ou d'un sol compressible, pompage, affaissement minier
Décrochement brutal après un été exceptionnelÉpisode de retrait marqué, typiquement l'été 2022, sans retour complet à l'hiver suivant
Mouvement horizontal dominantGlissement de terrain, fluage de versant

La phase du cycle est donc le premier indice à regarder : un mouvement saisonnier qui culmine en hiver vient plus probablement du sol que de la chaleur.

Un indice n'est pas un diagnostic. Le battement d'une nappe peu profonde produit le même cycle, avec la même phase ; la dilatation thermique d'une structure, décrite plus bas, peut masquer ou inverser un cycle de sol ; et le radar, qui mesure des toitures, ne sait rien de ce qu'il y a dessous. Une signature saisonnière ne prouve pas le retrait-gonflement des argiles : elle le rend plausible. Pour conclure, il faut la croiser avec la géologie du secteur, la pluviométrie des années observées, le type de bâti qui porte les points et, idéalement, une mesure indépendante au sol, nivellement ou piézomètre.

3. Ce que nous avons observé sur un dossier

Nous avons appliqué la méthode à un terrain des Alpes-Maritimes, dans un secteur bâti, avec l'outil d'analyse que nous utilisons au bureau. Le service européen y fournit 33 points de mesure dans une emprise d'environ 500 mètres de côté, chacun avec une série de 301 mesures du 14 janvier 2020 au 18 décembre 2024, soit un passage tous les six jours. Aucun point ne tombe sur les parcelles en herbe : tous sont sur des toitures, des murs ou de la voirie.

Pris isolément, un point ne dit rien. Une fois sa tendance retirée, sa série oscille de plus ou moins 2 à 3 millimètres sans régularité apparente : c'est le bruit de mesure, atmosphérique et instrumental. Mais quand on superpose les 33 points du secteur, après avoir retiré la tendance propre de chacun, et qu'on prend la médiane à chaque date, le bruit s'annule en partie et un cycle annuel apparaît nettement : plus ou moins 0,4 millimètre, haut de décembre à février, bas de juillet à septembre. La phase est celle du sol plutôt que celle de la chaleur : un indice cohérent avec les argiles connues du secteur, pas une preuve à lui seul. Le secteur descend par ailleurs lentement, d'un peu moins d'un millimètre par an en médiane.

a) Un point de mesure pris seul, tendance retirée : du bruit de ± 2 à 3 mm, aucun cycle lisible-6 mm+0 mm+6 mm20202021202220232024b) Médiane des 33 points du secteur, tendances retirées : le cycle annuel apparaît (± 0.4 mm, haut en hiver, bas en fin d'été)-1.2 mm+0 mm+1.2 mm20202021202220232024
Fig. 2 : déplacement vertical mesuré par satellite sur le secteur étudié, données EGMS Ortho, 2020 à 2024. En haut, un point de mesure seul. En bas, la médiane des 33 points du secteur, chacun débarrassé de sa tendance ; la courbe en pointillé est la sinusoïde annuelle ajustée. Les bandes jaunes marquent les étés, de juin à septembre.

Ce que ce dossier montre tient en deux phrases. Oui, le satellite voit un quartier respirer avec les saisons, et la phase du cycle oriente vers le sol plutôt que vers la chaleur. C'est un indice, pas un diagnostic : une nappe peu profonde donne le même cycle, et seules la géologie, la pluviométrie, le type de bâti et des mesures au sol permettent de l'attribuer au retrait-gonflement. Mais sur ce secteur, l'amplitude est faible, et elle n'est lisible qu'à l'échelle du quartier, jamais sur une maison prise seule.

4. Les limites, une par une

Ces limites ne sont pas des détails de spécialistes : chacune peut faire dire à une carte le contraire de la vérité.

Pas de point sous la végétation

C'est la limite première pour qui veut construire. Un terrain à bâtir est, par définition, sans bâti : herbe, friche, cultures. Le radar n'y retient aucun point. Dans les lotissements neufs, les cartes de l'EGMS sont vides au milieu et peuplées sur les voiries. Ce que l'on lit, c'est le comportement des maisons voisines, dont les fondations, l'âge et l'entretien ne sont pas ceux de votre futur projet.

Une position à quelques dizaines de mètres près

La position affichée d'un point dépend de la géométrie radar et du modèle de terrain utilisé pour la projection. Sur terrain plat, comptez une cinquantaine de mètres d'incertitude ; sur une pente marquée, jusqu'à une centaine. Un point « sur votre toit » peut être sur le toit du voisin, sur la rue ou sur le talus. Aucune conclusion ne doit être tirée point par point : la bonne échelle est le secteur, au moins une centaine de mètres et une vingtaine de points.

Des séries qui repartent de zéro

Une toiture refaite, une façade ravalée, un enrobé repris : le réflecteur disparaît. Le traitement perd le point ou en retient un nouveau dont l'historique antérieur est perdu, et la série « repart ». Un tassement cumulé lu dans l'EGMS est donc un plancher, pas une valeur absolue. Les séries de points différents n'ont pas non plus le même état zéro : pour comparer, il faut raisonner en déplacement net sur la fenêtre observée, dernière mesure moins première.

Une précision millimétrique, mais pas sur une mesure isolée

Le millimètre par an annoncé vaut pour une vitesse moyenne calculée sur cinq ans. Chaque mesure individuelle porte plusieurs millimètres d'incertitude, d'où le bruit de la figure 1a. Un cycle saisonnier de quelques dixièmes de millimètre, comme celui de notre dossier, n'existe statistiquement qu'une fois les points empilés. Sur des argiles très actives, l'amplitude dépasse le bruit et se lit mieux ; sur des sols peu actifs, elle se perd.

Une géométrie qui a des angles morts

Le radar voit en oblique. Les mouvements verticaux et est-ouest sont bien restitués, les mouvements nord-sud presque pas. Un versant qui glisse vers le nord peut paraître stable. Et le produit « Ortho » rééchantillonne tout sur une grille de 100 mètres : il lisse par construction ce qui se passe à l'échelle d'une parcelle.

La raison tient à la trajectoire des satellites. Sentinel-1 suit une orbite quasi polaire : il survole la France du nord au sud, puis du sud au nord, et son antenne regarde sur le côté, perpendiculairement à sa route, vers l'est sur une orbite et vers l'ouest sur l'autre, avec une inclinaison de 30 à 45 degrés. La distance qu'il mesure varie donc quand une surface monte, descend, ou se déplace vers l'est ou l'ouest. Un déplacement vers le nord ou le sud est parallèle à sa route : la distance au satellite ne change presque pas, et le mouvement n'existe pas dans la mesure. C'est en combinant les deux sens de passage que le service européen sépare la part verticale de la part est-ouest ; il n'a rien pour reconstituer la troisième.

Cette composante est-ouest est pourtant une information en soi, trop souvent ignorée au profit du seul vertical. Le gonflement des argiles est un mouvement vertical, mais un versant qui flue, un mur de soutènement qui bascule, un remblai qui s'étale ou un bâtiment qui s'incline se lisent d'abord dans l'horizontal. Le produit « Ortho » la fournit sur la même grille, avec la même précision : il suffit de l'ouvrir.

Un an de retard, au mieux

Les millésimes sont publiés avec un décalage de l'ordre d'un an. Une fissure apparue cet été n'a pas encore de mesure satellite consultable, et un suivi « en direct » de votre maison n'est pas possible avec ce service.

Le bâtiment lui-même respire : la dilatation thermique

Les points de mesure sont des toitures, des murs, des dalles. Or un bâtiment se dilate quand il fait chaud et se contracte quand il fait froid, comme n'importe quel matériau : de l'ordre d'un centième de millimètre par mètre et par degré pour le béton comme pour l'acier. Entre un hiver à zéro degré et une toiture à soixante degrés en plein été, une façade de trois étages gagne quelques millimètres de hauteur ; une charpente métallique, une grande toiture ou une dalle de parking exposée, davantage. Le réflecteur posé dessus monte en été et redescend en hiver.

C'est exactement le cycle inverse de celui des argiles, qui soulèvent le sol en hiver et le laissent redescendre en été. Sur une maison bâtie sur argile, les deux mouvements coexistent et se soustraient : un cycle de sol de quelques dixièmes de millimètre peut être effacé par la dilatation de la structure qui le porte, ou paraître inversé. À l'échelle d'un quartier, le mélange de points pris sur des toits, des murs et des chaussées brouille l'amplitude moyenne. Deux des dossiers des Alpes-Maritimes que nous avons examinés culminent en juillet : c'est la chaleur qui parle, pas le sol.

La parade est connue : regarder le mois du maximum avant l'amplitude, préférer les points posés sur des chaussées, des murets et des maçonneries basses plutôt que sur de grandes toitures, et ne jamais conclure sur un bâtiment isolé. Un cycle qui culmine en fin d'hiver vient plutôt du sol ; un cycle qui culmine en été vient plutôt de la structure ; un signal plat peut cacher les deux. Dans les trois cas, c'est une hypothèse à vérifier, pas un résultat.

Et surtout : l'effet, pas la cause

Le satellite enregistre qu'une surface bouge. Il ne dit pas si c'est l'argile, la nappe, un remblai ou la structure elle-même, ni à quelle profondeur se trouve le sol responsable, ni quelle est sa plasticité, ni ce que doivent faire les fondations. Ce sont précisément les questions auxquelles répond une étude de sol G2 AVP, par des sondages et des essais de laboratoire : identification des argiles, limites d'Atterberg, teneur en eau, retrait linéaire, position de la nappe.

5. Mythe ou réalité : le verdict

Réalité à l'échelle d'un quartier bâti, pour repérer qu'un quartier respire avec les saisons, dater un épisode de sécheresse, ou situer un secteur qui bouge plus que ses voisins. Mythe si la question est « mon terrain contient-il des argiles gonflantes ? » avant de construire : pas de point sur une parcelle nue, pas de cause, pas de paramètre de dimensionnement.

Dans la pratique, le satellite rend trois services honnêtes :

Ce qu'il ne fait pas, et ne fera pas avec les satellites actuels : remplacer la carte d'exposition du BRGM, qui est la référence réglementaire de la loi ELAN, ni l'étude de sol, qui seule donne les valeurs dont le constructeur a besoin. Les deux outils ne répondent pas à la même question.

Le bon statut du satellite, c'est celui d'un signal qui s'ajoute aux investigations géologiques, jamais celui d'une conclusion. La carte du BRGM dit où l'argile est probable ; les sondages et les essais de laboratoire disent ce qu'elle est et ce qu'elle vaut ; le constat des fissures dit ce qu'elle a déjà fait ; le satellite, lui, dit depuis quand et sur quelle étendue le quartier bouge, et avec quel rythme. Lu par quelqu'un qui connaît le sol, il confirme ou nuance les autres pièces du dossier. Lu seul, il fait dire n'importe quoi à une couleur.

Il faut le dire parce que c'est l'inverse qui se produit. Ces données sont gratuites, publiques, couvrent toute l'Europe sur cinq ans glissants et se consultent en quelques minutes ; elles ne figurent pourtant presque jamais dans un rapport géotechnique, pas même dans les expertises de sinistre où elles seraient le plus utiles. Avant d'arrêter un programme de sondages, cinq ans de mouvements du quartier valent le quart d'heure qu'ils coûtent. Dans une mission G5, dater le décrochement d'un été sec et le situer sur tout un lotissement, plutôt que sur la seule maison fissurée, change la lecture du dossier. C'est une pièce du faisceau, et la profession gagnerait à la mettre dans chaque dossier.

6. Regarder soi-même, sans se tromper

L'explorateur en ligne de l'EGMS est accessible à tous, gratuitement, après création d'un compte européen. Si vous voulez regarder le quartier de votre maison, voici la méthode qui évite les contresens :

  1. Choisissez le produit « Ortho », composante verticale, et le millésime le plus récent.
  2. Ne lisez pas un point : sélectionnez une vingtaine de points autour de l'adresse et regardez s'ils racontent la même histoire.
  3. Cherchez le cycle annuel et notez sa phase : haut en hiver et bas en été, c'est probablement le sol ; l'inverse, probablement la chaleur sur la structure. Dans les deux cas, une hypothèse à croiser avec la géologie et le bâti, pas une conclusion.
  4. Cherchez l'été 2022 : un décrochement visible sur plusieurs points voisins est le marqueur le plus parlant d'un sol sensible à la sécheresse.
  5. Ignorez la couleur des points pris isolément, et oubliez l'idée de retrouver « votre » toit : la position n'est pas garantie à l'échelle d'une maison.
  6. Pour un terrain à bâtir, attendez-vous à ne rien trouver sur la parcelle. Ce n'est pas rassurant, c'est normal.
L'explorateur EGMS zoomé sur un quartier de Paris, avec la fenêtre d'un point : vitesse moyenne de −1,2 mm par an, écart type de 0,4 mm, et cinq ans de mesures qui descendent lentement avec un décrochement à l'été 2022.
Fig. 3 : ce que l'outil montre quand on clique un point, ici au cœur de Paris : la composante verticale, une vitesse moyenne de −1,2 mm par an, un écart type de 0,4 mm, et la série de janvier 2020 à octobre 2024. On y lit une descente lente, des ondulations saisonnières et un palier franchi à l'été 2022. Un point seul ne permet d'en conclure rien : il faut une vingtaine de voisins qui racontent la même histoire, et les hypothèses de ce guide pour les lire. Capture d'écran de l'explorateur EGMS : service Copernicus de surveillance des terres, Union européenne et Agence européenne pour l'environnement ; contient des données Copernicus Sentinel modifiées ; fonds de carte selon les sources citées par le portail (NASA Blue Marble, OpenStreetMap).

Et si la question est de construire ou d'acheter, la démarche reste la même : consulter la carte d'exposition, puis faire réaliser une G2 AVP par un bureau d'études qui connaît le secteur. C'est ce que permet le service, gratuitement, avec plusieurs devis comparables.

FAQ

Puis-je savoir si mon terrain contient des argiles gonflantes grâce au satellite ? +

Pas sur un terrain nu. Le radar ne mesure que les surfaces qui renvoient un écho stable : toitures, murs, routes, rochers. Un jardin, un champ ou un bois ne donnent aucun point, et un terrain à bâtir est le plus souvent sans mesure. Le satellite renseigne sur le comportement du bâti voisin, à l'échelle d'un quartier. Pour savoir ce qu'il y a sous votre parcelle, il faut la carte d'exposition du BRGM, puis des sondages et des essais de laboratoire.

Le satellite peut-il remplacer l'étude de sol G2 AVP ? +

Non. Il montre qu'une surface bouge, pas pourquoi, ni à quelle profondeur, ni avec quels paramètres. Dimensionner des fondations demande la nature et l'épaisseur des couches, la plasticité de l'argile, la position de la nappe et des essais mécaniques : c'est le contenu d'une mission G2 AVP, que la loi ELAN rend d'ailleurs obligatoire à la vente d'un terrain en zone d'exposition moyenne ou forte. Le satellite est un complément utile au diagnostic, surtout en expertise de sinistre.

Pourquoi n'y a-t-il aucun point de mesure sur ma parcelle dans EGMS ? +

Parce que la végétation et le sol nu changent d'aspect d'un passage à l'autre : le radar perd la cohérence du signal et ne retient pas de point. Il faut une surface stable, en pratique du bâti ou de la roche. Sur une parcelle non construite, c'est normal de ne rien trouver. Et un point affiché n'est positionné qu'à quelques dizaines de mètres près : un point sur votre toit peut appartenir au voisin.

Les mouvements mesurés par satellite prouvent-ils un sinistre sécheresse ? +

Ils peuvent l'appuyer, pas le prouver seuls. Un cycle annuel du bâti, haut en hiver et bas en fin d'été, est compatible avec un sol qui gonfle et se rétracte avec l'eau, mais aussi avec une nappe qui bat ; un décrochement lors d'un été exceptionnel comme 2022 est un indice fort, à confronter à la géologie, à la pluviométrie et aux constats sur place. Mais le satellite ne voit pas les fissures, ne distingue pas une maison de sa voisine, et une réfection de toiture peut interrompre la série. En expertise, il complète les constats sur place et les sondages de la mission G5.

Quelle est la précision réelle des mesures satellite ? +

Sur une vitesse moyenne calculée sur cinq ans, de l'ordre du millimètre par an. Sur une mesure isolée, quelques millimètres d'incertitude. C'est pourquoi un point pris seul paraît bruité et qu'il faut lire un secteur entier pour voir un cycle saisonnier de quelques dixièmes de millimètre. Les mouvements rapides ou les déplacements nord-sud, auxquels la géométrie du radar est aveugle, échappent largement à la mesure.

Un bâtiment qui se dilate avec la chaleur peut-il fausser la mesure ? +

Oui, et c’est fréquent. Le réflecteur mesuré est une toiture ou un mur, qui se dilate en été et se contracte en hiver : il monte quand il fait chaud. Le sol argileux fait l’inverse, haut en hiver et bas en été. Sur un même bâtiment, les deux cycles se soustraient et un faible mouvement de sol peut disparaître ou paraître inversé. On s’en protège en regardant le mois du maximum, en préférant les points posés sur des chaussées et des maçonneries basses, et en lisant un secteur entier plutôt qu’un bâtiment isolé.

Pourquoi le satellite ne voit-il pas les mouvements nord-sud ? +

Parce qu’il vole du nord au sud et regarde sur le côté, vers l’est ou vers l’ouest. Il ne mesure que la variation de sa distance à la surface : un mouvement vertical ou est-ouest la change, un mouvement nord-sud, parallèle à sa route, ne la change presque pas. En combinant les passages montants et descendants, le service européen restitue le vertical et l’est-ouest ; le nord-sud reste un angle mort. Un versant qui glisse plein nord peut donc paraître immobile.

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