Travaux · Fondations spéciales
Puits et longrines : les fondations semi-profondes
Entre les semelles classiques (bon sol en surface) et les micropieux (bon sol profond), il existe une solution intermédiaire, sobre et éprouvée : les puits en gros béton descendus au bon sol, reliés par des longrines qui portent la construction. C’est la réponse de référence quand l’horizon porteur est à 2 à 5 mètres — un cas très fréquent en pente, sur remblais ou sur argiles superficielles.
Publié : août 2026 · Lecture : 5 minutes
1. Le principe
Un puits est une excavation verticale de section réduite (souvent 80 cm à 1,5 m), creusée jusqu’à l’horizon porteur et remplie de gros béton (béton non armé ou faiblement armé). Chaque puits devient un appui ponctuel fiable, fondé au bon sol. Par-dessus, des longrines — poutres en béton armé tendues de puits en puits — reprennent les murs et répartissent leurs charges sur ces appuis.
L’ensemble se comporte comme un pont discret : la maison ne repose plus sur la couche médiocre de surface, mais sur une série de piliers enterrés qui la traversent. Pas de machine de forage spécialisée : une pelle mécanique et une toupie suffisent dans la plupart des cas — c’est ce qui rend la solution économique.
2. Quand c’est la bonne solution
- Bon sol entre 2 et 5 m — trop profond pour de simples semelles descendues, trop superficiel pour rentabiliser des micropieux : c’est LE domaine des puits. L’étude géotechnique fixe la profondeur exacte ;
- Construction neuve sur remblais ou colluvions — lotissements en pente, plateformes remblayées, fonds de vallon : les puits traversent la couche rapportée ;
- Argiles gonflantes en surface — descendre les appuis sous la zone sensible aux cycles humidité-sécheresse est une des parades classiques au retrait-gonflement, en complément des dispositions constructives ;
- Terrains en pente — les puits rattrapent les différences de niveau d’assise sans terrassements massifs.
Neuf plutôt que confortement : les puits-longrines sont surtout une solution de conception (maison neuve, extension). En reprise d’un bâtiment existant, leur équivalent est la reprise par massifs bétonnés par passes — même logique, exécution bien plus délicate sous un ouvrage habité.
3. La mise en œuvre
- Implantation — les puits sont positionnés aux angles, croisements de murs et points durs du plan, à entraxes réguliers (souvent 3 à 5 m) ;
- Creusement et contrôle — chaque puits est descendu jusqu’au bon sol, dont la nature est contrôlée en fond de fouille (c’est le moment où l’étude de sol se vérifie sur le terrain) ;
- Bétonnage — remplissage en gros béton, idéalement le jour même du creusement (un puits ouvert qui prend la pluie perd sa raison d’être) ;
- Longrines — coffrées-coulées ou préfabriquées, dimensionnées en béton armé pour porter les murs entre appuis, avec un vide ou une interface souple sous la longrine si le sol de surface est gonflant.
4. Les prix constatés
| Poste | Ordre de grandeur 2026 |
|---|---|
| Surcoût vs semelles classiques (maison neuve) | souvent + 5 000 – 15 000 € |
| Puits en gros béton | ≈ 150 – 300 €/m³ mis en œuvre |
| Longrines béton armé | ≈ 100 – 250 €/ml selon section |
C’est généralement la solution de fondations spéciales la moins chère quand son domaine d’emploi est respecté — d’où l’intérêt d’une étude de sol en amont du permis : découvrir le besoin en cours de chantier coûte bien plus cher que le prévoir au plan.
5. Points de vigilance
- La profondeur réelle du bon sol — un puits « prévu à 2,5 m » qui doit descendre à 4 m change le budget : exigez que le devis soit assis sur les sondages de l’étude, avec un prix unitaire clair pour le mètre supplémentaire ;
- Le contrôle du fond de fouille — la qualité de l’assise se constate puits par puits ; sur les chantiers sérieux, le géotechnicien valide le fond avant bétonnage (mission G3/G4) ;
- L’eau — une venue d’eau en fond de puits complique le bétonnage ; le sujet doit être identifié par l’étude, pas découvert à la pelle ;
- Sur argile gonflante — descendre les appuis ne suffit pas si le dallage et les réseaux restent exposés aux mouvements de surface : les dispositions d’ensemble (plancher porté, gestion des eaux) font partie de la solution.
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FAQ
Puits-longrines ou micropieux : comment choisir ? +
C’est d’abord une question de profondeur du bon sol : jusqu’à 4-5 m, les puits sont généralement plus économiques (pelle mécanique, gros béton) ; au-delà, le creusement devient dangereux et coûteux, et les micropieux prennent l’avantage. L’accès au chantier et la présence d’eau pèsent aussi. L’étude géotechnique tranche au cas par cas.
Un vide sanitaire est-il obligatoire avec des longrines ? +
Pas systématiquement, mais c’est un montage fréquent et sain : plancher porté sur vide sanitaire au-dessus des longrines, si bien que la maison ne touche plus du tout le sol de surface — précieux sur argiles gonflantes. L’alternative (dallage sur terre-plein) laisse le dallage exposé aux mouvements du sol superficiel.
Peut-on faire des puits soi-même ou avec un terrassier ? +
Le creusement relève d’un terrassier équipé, mais le dimensionnement (implantation, profondeur, sections de longrines) relève d’une étude géotechnique et d’un calcul béton armé — et le contrôle des fonds de fouille avant bétonnage est ce qui sécurise vraiment l’ouvrage. Un chantier « à l’œil » sur ce poste engage la structure pour toute sa vie.